On ne comprend que ce que l'on transforme

Bertolt Brecht

EN ESSONNE (situation 1) :

L'ambassade du perou

Construire la sortie du bidonville en l'habitant.


Mise en œuvre d'un chantier architectural, social et politique avec des familles dites «Roms» vivant dans les bidonvilles de Ris-Orangis et de Grigny. En soutien de l'action du Collectif des Ambassadeurs des Roms.

Calendrier : septembre 2012 – août 2014
Budget : 155 626 euros
Partenaires : Fondation Abbé Pierre ; Plan Urbanisme Construction Architecture ; Conseil Général de l'Essonne ; Député de l'Essonne ; Ecole des Arts Politiques (Science Po
Paris) ; Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Bretagne ; Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs.
Chargés de mission : Julien Beller, Charlotte Cauwer, Agathe Chiron, Margot Crayssac, Célia David-Mauduit, Melina Echivard, Yannick Fleury, Didier Galas, Ismaël Halissat, Jean-François Joly, Alexia Lagorce, Laurent Malone, Malte Martin, Victor Meesters, Théo Mouzard, Marina Nicusor, Léa Ninot, Ruben Salvador, Joao Santos, Merril Sinéus, Ramona Strachinaru, Adel Tincelin, Joana Zimmermann, Victoria Zorraquin.


Plusieurs années d'une politique systématique de destruction des bidonvilles ont engendré non l'éradication du phénomène, mais son aggravation. Fuyant la violence légale armée de représentations assassines et de bulldozers, les familles se déplacent de quelques centaines de mètres à peine, passant la frontière d'une commune tout au plus, reconstituant à la hâte un abri toujours un peu plus précaire. Les acteurs publics nouvellement concernés de déplorer alors, de hurler leur irresponsabilité, et de répéter les mots et les actes des élus voisins, faisant se prolonger le désastre.

À Ris-Orangis puis à Grigny, s'inspirant des gestes de familles transformant un terrain vague en refuge, le PEROU a poursuivi l'hypothèse que construire valait mieux que détruire pour répondre aux questions sanitaires, sociales, politiques, posées par de telles situations. Mobilisant architectes, artistes, chercheurs, mais également nombre de riverains jusqu'alors demeurés distanciés de telles situations controversées, le PEROU a construit une ambassade, une place des fêtes, une chapelle, des toilettes sèches, des bacs à compost, un module sanitaire comprenant douches et lavoirs, une résidence de travail, un cinéma, des aménagements fleuris. Il est intervenu au sol pour évacuer les déchets, la boue, les eaux de pluie, les rats. Il a agi sur les façades des baraquements pour mettre en oeuvre des systèmes d'aération et les équiper d'extincteurs. Il est intervenu sur la scène publique, organisant de multiples événements, faisant se mobiliser nombre d'acteurs locaux, créant les conditions de nouvelles négociations, provoquant la mise en œuvre d'un projet d'insertion, premier du nom en Essonne. Il a en outre produit ou coproduit trois sites Internet, trois films présentés dans de nombreux festivals, un livre coécrit par une trentaine d'auteurs, 40 CV pour les adultes, un imagier pour les enfants et un rapport de recherche de 500 pages remis notamment aux acteurs publics.

Il en a coûté 155 626 euros pour 24 mois d'un travail ayant permis que sur les 140 personnes rencontrées à Ris-Orangis en octobre 2012, 70 au moins soient aujourd'hui locataires d'un logement. Dans le même temps, le Maire de Ris-Orangis et le Maire de Grigny ont engagé deux procédures d'expulsion ayant abouti, la première en avril 2013, la seconde en août 2014. Pour ce travail de destruction, parfaitement inutile, il en a coûté à la collectivité environ 600 000 euros.


Liens :

→ Archives de l'action

→ Journal de l'Ambassade du PEROU à Ris-Orangis

→ Agence pour l'emploi dédiée aux 40 adultes du bidonville
→ de Grigny

Considérant qu'il est plausible que de tels événements
→ puissent à nouveau survenir
, film de Sébastien Thiéry et livre

→ collectif dirigé par ce dernier

La Place – Ris-Orangis, livre collaboratif coordonné par
→ Jean-François Joly et Adel Tincelin

La Folie – Grigny, film collaboratif coordonné par Delphine
→ Bonamy, Isabelle Lassignardie, Emma Peltier, Emilie Rouy
→ et Adel Tincelin.

Tout reste à faire mais tout sera fait, œuvre sonore
→ d'Erell Latimier


Distinction :

Co-lauréat « Architectures durables » du CAUE de l’Essonne pour l’Ambassade du PEROU, Ris-Orangis (2013).


Légendes des images ci-contre :

1. Fête d’inauguration de l’Ambassade du PEROU à Ris-Orangis, 22 décembre 2012. © Adel Tincelin

2. Inauguration de l’Ambassade du PEROU à Ris-Orangis
par Didier Galas, 22 décembre 2012. © Jean Larive

3. Ambassade du PEROU, Ris-Orangis, janvier 2013. © Adel
Tincelin

4. Résidence du PEROU, bidonville de la Folie, Grigny,
mai 2014. © Malte Martin

5. Cinéma du PEROU, bidonville de la Folie, Grigny,
4 juillet 2014. © Laurent Malone

6. Base de vie, Ris-Orangis, juillet 2014. © Laurent Malone





À PARIS (situation 2) :

Le Paris de l'hospitalité


Concevoir des projets expérimentaux pour l'accueil de sans-abri dans les interstices de la capitale.
Organisation d'un concours international d'art et d'architecture avec d'anciens sans-abri pour la création d'un centre d'hébergement nomade dans Paris intra-muros. En soutien de l'action des Enfants du Canal.

Calendrier : janvier 2013 – novembre 2014
Budget : 46 000 euros
Partenaires : Fondation MACIF ; Pavillon de l'Arsenal ; Fondation Abbé Pierre ; Ecole Professionnelle Supérieure d'Arts Graphiques et d'Architecture de la Ville de Paris.
Chargés de mission : Franck Cardinal,Yannick Fleury, Merril Sinéus.
Collaboration : Echelle Inconnue.


À la consultation internationale engagée en 2007 par le Président Nicolas Sarkozy était associé l'impératif d'un changement d'échelle. On nous affirmait alors : Paris sera grand par son étendue : son emprise territoriale fera sa majesté en ce nouveau millénaire. De dix grands urbanistes et architectes était attendue la célébration de cette grande échelle, et l'invention de dispositifs susceptibles de faire s'accélérer les circulations d'usagers affairés.

À la consultation internationale engagée en 2013 par les Enfants du Canal et le Pôle d'Exploration des Ressources Urbaines (PEROU) était associé l'impératif d'un changement de nature. Nous affirmions : Paris sera grand par sa citoyenneté : sa capacité à faire mille œuvres d'hospitalité fera sa majesté. De créateurs multiples étaient attendue la conception de nouvelles formes habitables tout contre la ville hostile, et en particulier d'un centre d'hébergement nomade dans Paris intra-muros comptant alors environ 15 000 personnes sans-abri. Afin de faire de l'hospitalité valeur capitale.

A partir de mai 2013, une dizaine d'ateliers de conception avec d'anciens sans-abri et des membres des Enfants du Canal. Entre juin et septembre 2013, une enquête urbaine sur le sud parisien pour consigner et analyser les parcelles foncières temporairement vacantes. En mars 2014, une campagne d'affichage durant les élections municipales. En juin 2014, la publication d'un appel à projets et de son cahier des charges sous la forme d'un site Internet comprenant textes, dessins, images, vidéos. En septembre 2014, la réception d'une cinquantaine de propositions d'artistes, architectes, urbanistes, sociologues, économistes, etc. En octobre 2014, la mise en place d'un jury composé pour moitié d'anciens sans-abri. En novembre 2014, la présentation devant 500 personnes au Pavillon de l'Arsenal des 10 projets lauréats, et démonstration faite alors d'innovations sociales, politiques, et architecturales. Aujourd'hui encore, l'attente que les acteurs publics s'en saisissent et œuvrent enfin.



Liens :

→ Archives de l'action

La Chasse au luxe, film cartographique d'Echelle Inconnue

→ Site Internet des Enfants du Canal.



Légendes des images ci-contre :

1. Carton de l’appel à projets. © Yannick Fleury

2. Hôtel des jours meilleurs (projet lauréat), Philippe Rizzotti architecte et Bellastock

3. Saga-Cité (projet lauréat), collectif Sans plus Attendre

4. Bonjour et Bienvenue à Paris (projet lauréat), Urban Act
et Hacene Belmessous

5. De la rue à la ruche (projet lauréat), Minga



EN AVIGNON (situation 3) :

FAIRE LE TRI


Transformer la friche industrielle de l'ancien Tri-Postal en centre culturel habité.
Réalisation des études pour la transformation de l'ancien Tri-Postal d'Avignon avec un collectif de sans-abri et une vingtaine d'associations locales. En soutien de l'action du Pôle Vaucluse d'Habitat Alternatif Social.

Calendrier : juin 2013 – juin 2015
Budget : 84 000 euros
Partenaires : Agence Nationale de l'Habitat ; Mairie d'Avignon ; Grand Avignon ; Délégation Interministérielle à l'Hébergement
et à l'Accès au Logement.
Chargés de mission : Charlotte Cauwer, Agathe Chiron, Léa Ninot, Emma Peltier, Merril Sinéus.
Collaboration : Notre Atelier Commun.


Du travail social considéré comme action artistique et culturelle, telle peut être l'une des devises du Pôle Vaucluse d'Habitat Alternatif Social (ex-CASA), association atypique et au profil ô combien rare dans le paysage français. La Villa Médicis, tel est le nom de son centre d'hébergement où réside en 2013 une vingtaine de personnes. Espèce d'espace, tel est le nom de son accueil de nuit où se réfugient une vingtaine de sans-abri tous les soirs. Le tout est installé à deux pas de la gare centrale d'Avignon, sur la parcelle où demeure l'ancien Tri-Postal, vaste friche qu'occupe l'association par moments, pour y accueillir artistes, étudiants des écoles d'art d'Avignon et d'Aix-en-Provence, et différents événements.

En collaboration avec Notre Atelier Commun (NAC), et l'équipe de Patrick Bouchain, nous nous sommes donnés de tracer les lignes du devenir de cette friche de près de 2500 m². Qu'est ce que l'espace de l'hébergement, et comment le faire s'affranchir des seuls impératifs sanitaires et sécuritaires qui l'écrasent ? Qu'est ce qu'un centre d'hébergement dans la ville, et comment le faire s'articuler à son territoire à rebours de la logique d'enclave qui le détermine communément ? Qu'est ce que la dimension publique d'un lieu d'hospitalité, et comment accueillir ici des pratiques de recherche et d'expérimentation afin de faire de l'ancien Tri-Postal un laboratoire où s'invente
un avenir pour les personnes tout autant que pour la ville alentour ?

En septembre 2014, après avoir conduit une étude de faisabilité du projet, le PEROU et NAC installent leur permanence dans une baraque de chantier construite de terre et de paille par l'association Touraterre. Une année durant, rencontres, débats, événements, chantiers se succèdent ici-même, faisant pas à pas se mobiliser de très nombreux acteurs autour du devenir des lieux. En avril 2015, un grand repas est offert dans le Tri-Postal rassemblant autour de la table directrices des hôtels de luxe voisins, sans-abri, membres des équipes d'HAS, élus locaux, représentants de l'Etat, membres des associations partenaires du projet, voisins multiples. Est alors présentée l'étude de programmation pour un devenir radieux du Tri-Postal, nouveau « centre-ville » d'Avignon.


Liens :

→ Archives de l'action

→ Blog de l'action

→ Site de l'association Habitat Alternatif Solidaire.


Légendes des images ci-contre :

1. Friche de l’ancien Tri-Postal d’Avignon. © Merril Sinéus

2. Bureau du PEROU, septembre 2014. © Charlotte Cauwer

3. Tri-popote, avril 2015. © Agathe Chiron

4. Gala de HAS Pôle Vaucluse, 14 avril 2015. © Agathe Chiron

5. Programmation du futur Tri-Postal. © Agathe Chiron

Dans le Nord-pas-de-Calais (situation 4) :

LES MONDES


Concevoir le «Journal des Jungles (Les Mondes)» en collaboration avec les réfugiés du Nord-Pas-de-Calais.
Développement d'un journal manifeste conçu dans le cadre de rédactions éphémères rassemblant quatre fois par an réfugiés, bénévoles, graphistes et écrivains. En soutien de l'action de la Plateforme de Services aux Migrants.

Calendrier : à partir d'octobre 2015 jusqu'en décembre 2016
Budget prévisionnel : 48 500 euros
Partenaires : En recherche.
Chargés de mission : Johanna Grégoire, Laurent Malone, Léa Ninot.


Des mondes encore inaudibles s’inventent à l’ombre de nos métropoles européennes. Dans ce que l’on nomme encore «bidonvilles», «campements» ou «jungles» se formulent quotidiennement les rêves d’une vie meilleure. À même ces endroits éloignés s’esquissent parfois les plans de villes assurément nouvelles, enfin débarrassées des attributs des villes révolues (remparts, enceintes, frontières), et augmentées de qualités d’avant-garde (solidarités actives, métissage des formes construites, communautés éphémères). En dépit des réactions de violence et d’hostilité, soubresauts d’un monde agonisant, des formes d’avenir se risquent, des mondes en devenir s’esquissent.

Pourtant, des «migrants», nous n’entendons que plaintes et désespoir. Pourtant, des « militants », nous ne percevons que signes de colère et manifestations d’indignation. De nouvelles médiations peinent donc à s’inventer, permettant de rendre également audible le désir conduisant à rêver et construire simultanément. De nouveaux récits tardent à s’écrire, permettant de rendre également visibles les formes d’hospitalité qui s’inventent. Les territoires que dessinent
les actes pionniers des dits « migrants » n’ont point de
cartographe ; les utopies qu’esquissent les gestes de solidarité des dits «militants» n’ont point d’historiographe.

Le Journal des Jungles (Les Mondes), projet de la PSM – Plateforme de Service aux Migrants et du PEROU, se veut le media des villes encore invisibles et de leurs pionniers-bâtisseurs. Il se veut l’amplificateur des visions et des voix qui, dans les refuges de l’Europe contemporaine, témoignent de nouveaux espaces communs en devenir.Trimestriel écrit et conçu à la force de «rédactions éphémères » installées au beau milieu des dites «jungles», il vise à recueillir les matières vives qui font les fondations des mondes à venir. Distribué gratuitement dans les périphéries comme dans les centres, il veut transmettre et consigner les preuves d’un renouvellement de notre histoire commune, en dépit de la violence qui sévit, au devant de nouvelles et nécessaires formes d'hospitailté.



Liens :

→ Archives de l'action

→ Site de la Plateforme de Services aux Migrants.


Légendes des images ci-contre :

1. Expérimentation 1, EnsadLab, Calais, décembre 2013.
© Afrouz Razavi

2. Expérimentation 1, EnsadLab, Calais, décembre 2013.
© Afrouz Razavi

3. Journal des Jungles n°2. Février 2014. © Afrouz Razavi

4. Expérimentation 2, Agence des Voyageurs, Calais, avril 2014.
© Rahaf Demashki

5. Expérimentation 2, Agence des Voyageurs, Calais, avril 2014.
© Pejman Mirzaei

À ARLES (situation 5) :

LE LABORATOIRE DES IMAGINAIRES DES MONDES À VENIR


Inventer d'autres manières d'habiter la ville en collaboration avec des familles roumaines en occupant les marges.
Mise en œuvre d'un laboratoire de recherche photographique et architectural dans un bidonville en vue de la création, à terme, d'un lieu de vie temporaire et de divers équipements publics dans une friche voisine de 30 ha. En soutien de l'action de la Veilleuse de la Gabelle.

Calendrier : à partir d'août 2015 et jusqu'en juin 2016
Budget prévisionnel : 58 000 euros
Partenaires : En recherche.
Chargés de mission : Charlotte Cauwer, Laurent Malone.


Un certain regard commande que dans les situations de crise contemporaines nous ne repérions que manques, épuisement des ressources, ruines et délabrement. À Arles comme ailleurs, considérant que nous faisons d’abord face à une crise de l’imaginaire, le PEROU s’efforce d’y répondre en prenant le parti de ce qui s’invente. Alors poursuit-il cliniquement le chemin de ce qui se crée tout contre la défaite ambiante. Ainsi reconnait-il comme «trésors publics» le désir de construire et la capacité d’agir de celles et ceux qui n’ont encore pas droit de cité. Ainsi envisage-t-il, à partir de ces ressources inenvisagées et inexplorées, des projets d’avenir pour la ville tout entière.

Quai de la Gabelle à Arles, Eléonore Lubna, étudiante de l’Ecole Nationale Supérieure de Photographie d'Arles, s’est aventurée dans un bidonville, entamant une consigne par l’image de la vitalité qui fait lieu. Ainsi a-t-elle inauguré un travail de recherche sur le «Tiers paysage », portant une attention nouvelle à ce qui demeure éloigné du regard, cartographiant les gestes d’avenir non repérés comme tels, dessinant à même les façades du squat un écran où projeter cet imaginaire renouvelé. Le PEROU s’engage à accompagner ce travail et à instituer un «Laboratoire des imaginaires des mondes à venir» (LIMÀ) conçu à partir du regard prospectif que portent les familles et cette étudiante sur le territoire. En ouvrant ici-même une résidence photographique de 9 mois durant lesquels seront accueillis de nouveaux étudiants et chercheurs prolongeant le travail d’expérimentation politico-photographique entamé. En organisant de multiples projections sur cet écran dessiné telle une zone sensible regardant la ville. En imaginant la dissémination de l’écran et des images elles-mêmes dans tout Arles, enjambant le fleuve, tissant les rives, mêlant les récits. En envisageant une articulation nouvelle avec les Rencontres de la Photographie d’Arles, et une future exposition en 2016, à l’occasion des 25 ans de la mission photographique de la DATAR. En proposant un chapitre supplémentaire à l'archive de cette mission historique, une pièce additive sur le Tiers-paysage contemporain et les actions qui le cultivent.

Quai de la Gabelle, une équipe composée des architectes Clotilde Berrou et Éric Pérez est en charge d’une partie du projet de réhabilitation de la friche des papeteries Étienne. Les architectes ont fait appel au philosophe Jean-Paul Curnier, au collectif d’artistes Ici-Même, à Radio Grenouille et au PEROU afin d’engager un travail de réflexion sur l’art et la manière de concevoir l’avenir des lieux en mobilisant ses habitants passés, présents et futurs.

Quai de la Gabelle, une transformation s’est donc engagée, à de multiples mains : des familles inventant un lieu de vie en dissidence, des étudiants et chercheurs cultivant des imaginaires nouveaux, des architectes réunissant une équipe pluridisciplinaire et esquissant un projet d’envergure. Le PEROU s’engage à poursuivre le chemin de ces nécessaires constructions, et à les faire s’articuler, jusqu'à ce que se conçoive avec les 80 personnes réfugiées ici un habitat expérimental sur la friche voisine, instituant celle-ci laboratoire urbain du XXIe siècle.



Liens :

→ Archives de l'action

→ Blog de la Veilleuse de la Gabelle.


Légendes des images ci-contre :

1. Quai de la Gabelle, Arles, 9 juillet 2015. © Laurent Malone

2. Quai de la Gabelle, Arles, 9 juillet 2015. © Laurent Malone

3. Quai de la Gabelle, Arles, 9 juillet 2015. © Eleonore Lubna

4 et 5. Contre-enquête sanitaire, extrait, septembre 2015.
© Charlotte Cauwer

À CALAIS (situation 6) :

NEW JUNGLE DELIRE


Accompagner la création d'une ville nouvelle par migrants et calaisiens.
Mise en œuvre d'un travail de recherche et d'expérimentation dans la « New Jungle » afin notamment de l'équiper de dispositifs publics, en mobilisant auprès de ses habitants artistes, architectes, urbanistes. En soutien de l'action de la Plateforme de Services aux Migrants.

Calendrier : à partir d'octobre 2015 et jusqu'en décembre 2016.
Budget prévisionnel : 65 000 euros
Partenaires : PUCA, Fondation de France, Ministère de la Culture et le Pavillon de l'Arsenal.
En collaboration avec : L'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture et de Paysage de Lille, le Master Innovation et Territoire (Université Joseph Fourier, Grenoble), le Centre de Sociologie de l'Innovation (Ecole des Mines, Paris), le Master Urba de Sciences Po Paris, l'Ecole des Arts Politiques de Sciences Po Paris ainsi que Marie-Haude Caraes, Charlotte Cauwer, Geremia Cometti, Marianne Dautrey, Valérie De Saint-Do, Jean-Baptiste Eczet, Arthur François, Chloé Heyraud, Jean Larive, Bernard Latarjet, Laurent Malone, Bruno Marmiroli, Malte Martin, Marie Menant, Gilles Raynaldy, Valérie Russi, et le collectif sans plus attendre.


«Une montagne d’évidences sans manifeste». Telle est la définition que donne de Manhattan Rem Koolhaas dans l’introduction de New-York Delire, ouvrage culte publié en 1978. L’œuvre sous-titrée Manifeste rétroactif pour Manhattan prend la place d’un texte manquant. Pensée tel un coup de force descriptif convoquant texte, dessin, image, elle fait apparaître New-York comme la ville qui, dans sa structure même, porte à son incandescence le programme politique du XXe siècle.

À l’orée du XXIe siècle, la dite «New-Jungle» s’est développée en lisière de Calais : en juin 2015, 3000 personnes habitent en le construisant ce territoire notamment constitué d’une boîte de nuit, d’églises, de mosquées, d’une école, d’un hôpital, de supermarchés, de langues démultipliées, d’habitats du monde entier, de rêves à n’en plus finir, d’une représentation politique incarnée dans un «Conseil des exilés» se réunissant une fois par semaine. Pourtant, les récits disponibles s’acharnent à ne rendre compte que de misère, errance, indignité, douleur. Un texte manque, donnant à entendre ce qui s’invente ici-même, en lisière du monde que nous connaissons trop. Un texte manque, donnant à saisir qu’un acte collectif extraordinaire se joue à Calais au devant du XXIe siècle, qu’une ville-monde se dessine ici-même.

Le PEROU veut ouvrir l’espace de ce texte manquant, et rassembler pour ce faire les cartographes, historiographes, philosophes, architectes et urbanistes de cette ville nouvelle. Pour nourrir l’hypothèse selon laquelle la «New-Jungle» n’est pas une marge, mais un centre à venir. Pour faire entendre alors que ses habitants ne sont pas des errants, mais des pionniers. Pour faire comprendre enfin que l’enjeu n’est pas de faire disparaître, mais d’accompagner le plus loin possible ce qui a lieu, seule manière de dépasser les lourdes et assassines impasses actuelles.



Liens :

→ Archives de l'action

→ Blog des passeurs d'hospitalité.

→ Site de la Plateforme de Services aux Migrants.

Calais, Notre dame des landes : les nouveaux lieux politiques ?, Sébastien Thiéry dans la Grande Table, France Culture,
24 février 2016

Ce qui se joue à Calais, intervention de Sébastien Thiéry
au micro de Laure Adler (Hors-champs), 14 avril 2016

Calais, Construire Quand même ?, entretien avec Charlotte
Cauwer et Sébastien Thiéry, Marie Richeux, France Culture
(Les Nouvelles vagues), 25 avril 2016

Lecture de Réinventer Calais, par Sébastien Thiéry,
Théâtre Montansier, Versailles, 29 juillet 2019


Distinction

Prix spécial des Beffrois de la création, prix décerné par l’Ordre des architectes du Nord-Pas-de-Calais et le CAUE du Nord, pour la création de l’Autre Calais Mag (2016).


Légendes des images ci-contre :

1. Charlotte Cauwer, Extrait de l'Atlas d'une Cité potentielle,
2016.

2. Jean Larive, commande photographique CNAP/PEROU «Réinventer Calais»

3. Elisa Larvego, commande photographique CNAP/PEROU «Réinventer Calais»

4. André Mérian, commande photographique CNAP/PEROU «Réinventer Calais»

5. Aimée Thirion, commande photographique CNAP/PEROU «Réinventer Calais»

En France (situation 7) :

LA 36001e COMMUNE DE FRANCE


Faire retentir les gestes, actes, formes d'hospitalité qui s'affirment aujourd'hui.
Constitution d'une archive inaliénable, imprescriptible, ineffaçable de l'hospitalité contemporaine, et invention de formes démultipliées de diffusion de cette archive dans lieux et espaces publics.

Calendrier : à partir de l'été 2017.
Partenaires : Les Turbulences – FRAC Centre, Nuit Blanche Paris, Centre Pompidou.
En collaboration avec : Théâtre Ouvert.


La France peut accueillir toute l'hospitalité du monde.
Appel de l'été 2017.
En ce moment même, de Nice à Calais, de Paris à Bayonne, de Marseille à Cherbourg, se transmettent des gestes d'hospitalité qu'aucune procédure judiciaire ne saurait contenir. Aujourd'hui en France, d'innombrables citoyennes et citoyens inventent un quotidien habitable aux exilés du monde entier, ringardisant déjà et enrayant bientôt tous les plans de tri, contrôle, expulsion, destruction, placement, déplacement. Une loi L 622-1 dispose encore que « toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d'un étranger en France sera punie d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 30 000 euros. ». Des égarés la tiennent pour lisible, s'éreintant à menacer, et pourquoi pas embastiller, un paysan pour des actes dont l'histoire retiendra qu'ils étaient justes. Leurs vétustes appareils policiers juguleraient ainsi des déferlements de migrants. Tout ce vieux monde pliera sous un débordement d'hospitalité, puisque c'est d'humanité qu'il s'agit, permettant à la France de prétendre au 21e siècle enfin. Tout autour de nous, des confins jusqu'aux centres des 36 000 communes de France, s'affirme à bas bruit un territoire d'avant-garde. Cette étendue, constituée d'actes d'hospitalité démultipliés, se déploie telle une œuvre commune, telle une 36001e commune. Nous en déclarons l'existence, et l'authentifions par la procédure d'un inventaire fleuve, d'un texte sans fin à l'écriture duquel nous invitons tous les témoins de son expansion. C'est un chapitre de notre République contemporaine, l'inscription de l'hospitalité au registre de ce que nous avons en commun. C'est un inarrêtable tracé sur la carte du pays, l'indice de nos constructions les plus nécessaires. C'est un mouvement d'écriture se propageant de proche en proche, réveillant de nouveaux récits par contamination, éveillant de nouveaux actes par appel d'air. C'est une attestation sur l'honneur d'être français, fraternel par conséquent, adressée à tout juge qui serait aujourd'hui encore tenté de punir la fraternité. Afin que celui-ci entende que c'est une Commune entière qu'il lui faudrait enfermer, un territoire tentaculaire qu'il lui faudrait réprimer. Ce texte, que nous intitulons « Tout autour. Une œuvre commune », s'ouvre par de premiers témoignages que nous ont transmis des Calaisiennes et Calaisiens. Nous faisons appel à tous les témoins directs ou indirects de ce qui aujourd'hui s'invente en France : qu'ils ajoutent à l'édifice une ligne ou mille, qu'ils enrichissent ce faisant cette autre archive municipale, qu'ils augmentent ainsi notre mémoire vive. Nous la constituerons trésor public en la versant dans la collection des Turbulences (Fond Régional d'Art Contemporain d'Orléans) le 12 octobre 2017, jour de l'inauguration de la biennale d'architecture « Marcher dans le rêve d'un autre ». Inaliénable, imprescriptible, ineffaçable donc, ce texte pourra déferler alors, retentir sur place publique, s'entendre jusqu'au procès de Cédric Herrou­ et de tant d'autres citoyennes et citoyens aujourd'hui poursuivis pour des actes dont nous sommes, par définition et conviction, co-auteurs.


Liens :

→ Le blog du PEROU sur Mediapart.


Légendes des images ci-contre :

« Tout autour. Une œuvre commune », FRAC Centre Val-de-Loire, octobre 2017, Michaël Mouyal.

À Aubervilliers (situation 8) :

L'AGENCE COMMUNE


Accompagner la transformation du Théâtre de la Commune comme scène-refuge.
Enquêtes et projets avec deux équipes d'étudiants en architecture sur la transformation du Théâtre de la Commune d'Aubervilliers afin d'imaginer un théâtre du 21e siècle inscrit dans le monde qui vient, en capacité de le penser comme de l'accueillir. En soutien de l'action de l'équipe du Théâtre de la Commune.

Calendrier : année universitaire 2016-2017
Budget : /
Partenaires : Théâtre de la Commune ; École des Actes ; École nationale supérieure d'architecture de Paris-Malaquais ; École nationale supérieure d'architecture de Paris-La Villette.
En collaboration avec : Patrick Henry, Charlotte Cauwer, Patrick Bouchain, Encore Heureux, Jac Fol, Loïse Lenne, Marie José Malis, Frédéric Sacard, Sylvie Glissant, Gérald Baldy, Mathilde Bonnet, Daniele Michele, Eric Dorléac, Anna Isfer, Matteo Michele, Inès Pradeau, Aurélien Raymond, Mathilde Bex, Christelle Davrieux.


Il est question de la manière dont les écoles d'architecture et, par extension, les écoles d'art, de design, de création en tout genre, établissent des relations d'amitiés avec la ville alentour et se saisissent alors des questions qui s'y posent pour les travailler. Les étudiants peuvent-ils se pencher sur les problèmes qui ont effectivement lieu tout autour au lieu de faire des projets « pour de faux », comme si les questions manquaient ? Une école peut-elle faire laboratoire et s'ouvrir tel un espace d'invention pour celles et ceux qui, dans le voisinage, s'efforcent d'explorer d'autres devenirs possibles ? Le travail du PEROU a d'abord consisté en cela : installer des étudiants en architecture en résidence au Théâtre de la Commune pour accompagner les équipes dans leur désir de faire de cette scène nationale un haut-lieu de l'hospitalité, c'est à dire indissociablement un lieu d'écritures scéniques et une scène de l'accueil inconditionnel de celles et ceux qui cherchent refuge alentour.

Il est question de la manière dont un théâtre du 21e siècle peut trouver à se fonder autrement à la rencontre des personnes migrantes et se dresser dans la ville comme refuge, en amitié profonde avec le monde, à l'écoute de ses secousses. Il est question de transformation des espaces, d'articulation entre des temps d'habitat et des temps de travail, d'extension, d'augmentation, d'intensification de ce qu'un équipement public culturel peut vouloir dire et faire. Il est question de suivre les intuitions de Marie-José Malis, directrice du Théâtre de la Commune, et de prendre ses visions comme des plans d'architecture. Il est question d'envisager que le chantier puisse s'inscrire dans la programmation du théâtre, et de faire en sorte que la transformation du théâtre en refuge puisse s'entendre comme une « pièce d'actualité » : une création d'espaces, de paroles, de rencontres à l'endroit précis où se mêlent théâtre et politique. Les étudiants ont enquêté sur les puissances, les potentialités, les opportunités de la bâtisse comme du projet culturel, elles et ils ont dessiné avec les équipes, les personnes migrantes de l'Ecole des actes, les passants, les plans d'extensions possibles et offert au théâtre les arguments, les dessins, les visions d'un avenir radieux, nécessaire et possible.



Liens :

→ Archives de l'action

→ Théâtre de la Commune à Aubervilliers.


Légendes des images ci-contre :

1. Extrait du Journal des Actes des étudiants de l'Ensa
Paris-Malaquais.

2. Extrait du projet « La Commune, lieu national d'hospitalité »
de Mathilde Bex et Christelle Davrieux.

3. Maquette de « La Commune, lieu national d'hospitalité »

En Europe (situation 9) :

SAUVEGARDER L'ACTE D'HOSPITALITÉ


Faire inscrire par l'UNESCO l'acte d'hospitalité au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
Remplir le formulaire ICH-01 de l'UNESCO dit « Liste de sauvegarde urgente » et constituer les pièces écrites, photographiques, et cinématographiques requises afin de faire reconnaître l'acte d'hospitalité au Patrimoine culturel immatériel. En soutien de nos concitoyens européens qui inventent au quotidien une politique de l'amitié.

Calendrier : 2018-2021
Budget : en cours
Partenaires : MACVAL ; Villa Médicis ; Fondation Abbé Pierre ; Institut Français ; Centre Culturel de Rencontres de Goutelas ; Festival Image de Ville ; Chantier Public ; Coco Velten ; Relais Culture Europe ; festival Cinéma du Réel du Centre Pompidou.
En collaboration avec : Lucie Degenne, Stalker, Noworking, Spin Wide Shot, Spin Time Labs, Quartier Rouge, Federica Graziani, Mireille Delmas Marty, Erri de Luca, les 171 Canons, Calypso 3621, Margot Mourrier.


Aujourd'hui même en Europe, nombre de nos concitoyens se mobilisent auprès de celles et ceux qui cherchent refuge parmi nous. Sur les fronts comme dans les confins de nos territoires s'inventent et se réinventent des gestes, des espaces, des relations, des histoires qui rendent le présent respirable. C'est que ces actes d'hospitalité font effectivement abri et sol pour la collectivité tout entière, non seulement pour les exilés. Nous le savons : leur extinction ébranlerait nos existences, leur disparition atteindrait jusqu'à notre raison. C'est sans doute pourquoi ils demeurent le quotidien d'innombrables anonymes en dépit de lois les criminalisant, de dispositifs de contrôle visant à les neutraliser, de tout ce qui fait violence et terrorise aujourd'hui. À Lesbos, Calais, Paris, Vintimille et Lampesuda, on y tient comme s'ils constituaient une part de ce qui nous fait tenir. À Bruxelles, Rome, Ljubljana, et Hambourg on les soutient comme si l'on en dépendait, comme s'ils nous soutenaient. Ces actes démultipliés s'affirment malgré la violence qui gouverne, malgré tout ce qui commande de renoncer. Ils s'imposent avec la force de l'évidence aux yeux de celles et ceux qui les risquent, comme si demeurait vive à travers le geste d'accueil la mémoire d'un autre geste, l'histoire lointaine de l'hospitalité faite à un homme que chacun aurait pu être. Une communauté contemporaine qui ne se compte pas, ni ne se conte, se trouve en charge de ce qui s'avère un considérable héritage.

Ces femmes et ces hommes d'Europe se font aujourd'hui les passeurs d'une mémoire vive auprès des générations futures qui connaîtront au centuple migrations et brassages planétaires. Leurs actes d'hospitalité ordinaires et quotidiens constituent un inestimable bien commun non encore reconnu comme tel, menacé de ne pas l'être. Il s'agit d'un délit, non d'un patrimoine, pour de multiples juges qui condamnent et non protègent. Il s'agit de ce qui menace l'identité européenne, non de ce qui la constitue, selon tant d'autorités plaçant sous scellés des navires de sauvetage œuvrant en Mer Méditerranée. Il s'agit d'un trouble à l'ordre public, non d'un trésor public, selon de trop nombreuses municipalités saturant places et trottoirs de dispositifs de dissuasion. Considérant l'ampleur de ce que nous sommes sur le point de perdre, considérant l'extrême urgence de la situation politique contemporaine, nous engageons une procédure auprès de l'Unesco afin que soit inscrit l'acte d'hospitalité au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

Nous nous saisissons pour ce faire du formulaire ICH-01 dit « Liste de sauvegarde urgente de l'Unesco », et nous adressons directement à l'organisme international sans en passer, comme le prévoit la procédure régulière, par des Etats parties qui par définition ne le seront pas. Avec des amis d'Europe, nous entreprenons alors de renseigner ce formulaire, en bonne et due forme, et de rassembler les pièces nécessaires à l'instruction : un texte qui conte et compte la communauté oeuvrante ; dix images « haute définition » ; un film « monté, de cinq à dix minutes » ; un « plan de sauvegarde » (de valorisation, de célébration, de transmission, de restauration, de soutien, d’intensification, d’augmentation, d’élargissement, de prolifération ) de l’acte consistant à faire d'un étranger un hôte, en mer Méditerranée et tout autour.



Liens :

→ Archives de l'action

→ La France peut accueillir toute l'hospitalité du monde,
→ appel à contribution lancé sur Mediapart. 

→ Tout autour, sur Radio Commons, pour une définition
→ de la communauté oeuvrante, en collaboration avec
→ Quartier Rouge.

→ Pour une hospitalité manifeste, vers une cinémathèque
→ de l'hospitalité en collaboration avec le festival Image
→ de Ville.

→ Le principe d'hospitalité universelle, intervention
→ de Sébastien Thiéry au MUCEM, avec Patrick Chamoiseau
→ et Jane Sautière, 14 avril 2019.

→ Comment concevoir une architecture de l'hospitalité,
→ conversation de Sébastien Thiéry Avec Camille de Toledo,
→ 15 juin 2020.

→ Pour une hospitalité manifeste, soirée autour de l'appel
→ du PEROU au festival Cinéma du Réel, Centre Pompidou,
→  29 mars 2021.


Légendes des images ci-contre :

1, 2, 3, 4, 5 et 6. Marche du 10 juillet 2020 à Rome avec Stalker, à la recherche de 10 images pour l'UNESCO, et pour la création du « Musée en actes des actes d'hospitalité » au sein du squat Spin Time Labs.
7. Pose de la plaque du Museo di fatto dell'Atto di Ospitalità, sur la façade du squat Spin Time, 13 septembre 2020.

À la Chapelle (situation 10) :

LE TRÈS GRAND HÔTEL (un chapitre de la procédure UNESCO)


Faire retentir et s'amplifier les actes d'hospitalité du quartier de la Chapelle à Paris.
Élaborer un projet architectural et urbain afin de soutenir les gestes de l'hospitalité civile qui, dans l'espace public comme dans l'espace privé, se déploient depuis 2015 dans le quartier de la Chapelle à Paris. En soutien du collectif des Petits Déj' Solidaires.

Calendrier : 2018-2021
Budget : en cours
Partenaires : Fondation Abbé Pierre ; Librairie le Rideau Rouge ; Bibliothèque municipale Vaclav Havel ; Galerie Nationale du Jeu de Paume ; Syndex ; Théâtre Paris Villette, University of London Institute in Paris, Permanence chorégraphique de la Chapelle de Laetitia Angot.
En collaboration avec : le collectif des Petits Déj' Solidaires, la Permanence chorégraphique de la Chapelle / Laetitia Angot, Lucie Degenne, Maëlle Berthoumieu, Mickaël Mouyal, Enora Vautier, Andréas Voisin, Maëlle Tardivel, Nidhal Chamekh, Stephan Zaubtitzer, Jean-Baptiste Lévêque, Rachele Shamouni, Anna-Louise Milne, Aliou Diallo, Ignazio Torres, les étudiants et enseignants du studio de projet « Construire l'action » et du séminaire « Learning from hospitality » de l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Paris-Malaquais, les étudiants et enseignants du séminaire « Pas d'architecture sans structure ! » de l'École nationale supérieure d'architecture de Marseille.


Dans le monde d'avant, nous avons sérieusement cru en la mise en œuvre de solutions abstraites d'hébergement pour sans-abri, migrants, et autres mal-nommés et malmenés. Nous avons milité mille fois pour qu'en nombre des espaces soient ouverts, créés, réquisitionnés, et pour que ces innombrables corps sans toit y soient mis à l'abri. Nous avons laissé entendre que la crise pouvait s'énoncer en langage mathématique et qu'une politique digne de ce nom pouvait consister en une arithmétique élémentaire : aux surnuméraires, des places en plus. Dans le monde d'avant, nous avons écrit, plaidé, manifesté, que faire l'hospitalité pouvait et devait consister en une opération de prise en charge et que, par conséquent, des administrations devaient en être tenues comptables, responsables. Nous avons laissé entendre qu'accueillir nécessitait un effort de gestion et que nous, citoyens engagés, avions à forcer la main du gestionnaire.

Dans le monde d'après, peut-être aurons-nous acquis que seuls nos rapprochements rendent la vie respirable, que ce sont des gestes de soin et d'attention qui font l'hospitalité, non des opérations de gestion de flux et d'administration de solutions massives. C'est ce en quoi consiste précisément le Très Grand Hôtel : un contre-centre d'hébergement inscrit dans la cité et dont l'infrastructure s'avère, en tout premier lieu, l'hospitalité d'ores et déjà active qu'une politique digne de ce nom aurait à accompagner, équiper, outiller, valoriser, faire s'intensifier et s'augmenter. C'est un projet architectural et urbain dont les fondations sont déjà existantes qu'il nous faut reconnaître, à partir desquelles il nous faut construire. C'est le fruit d'une rencontre avec le collectif des Petits déj solidaires qui, dans le 18e arrondissement de Paris, se mobilise chaque matin depuis 2015 pour non seulement offrir un petit déjeuner, mais aussi de l'écoute, des informations, des embrassades, des danses, façonnant ainsi un véritable haut-lieu de l'hospitalité à même la Cour du Maroc, esplanade des Jardins d'Eole. C'est la vision façonnée par d'innombrables collaborateurs passés par la résidence du PEROU dans la cave de la librairie Le Rideau Rouge avec lesquels nous avons enquêtés sur ce qui s'invente et s'affirme dans le quartier de la Chapelle, à la rencontre de celles et ceux qui y cherchent refuge. C'est un projet d'abord pour Paris, puis pour mille autres territoires, que nous déclarerons au devant de l'UNESCO comme l'une des nécessaires mesures de sauvegarde de l'acte d'hospitalité reconnu au Patrimoine mondial.



Liens :

→ Archives de l'action

→ Le Cadeau fait à la bibliothèque municipale Vaclav Havel,
→ par Stephan Zaubtitzer et Jean-Baptiste Lévêque

→ Vidéo-manifeste pour le Très Grand Hôtel,
→ par Maëlle Berthoumieu


Légendes des images ci-contre :

1. Extrait des Etudes pour le Très Grand Hôtel,
Maëlle Berthoumieu, octobre 2020

2. Extrait des Etudes pour le Très Grand Hôtel,
Maëlle Berthoumieu, octobre 2020

3. Cour du Maroc, Permanence chorégraphique de Laetitia
Angot, 7 juillet 2018

4. Installation d'une plaque de l'UNESCO par anticipation,
7 juillet 2018, en collaboration avec Paul Laminie et Angelo
de Taisne, étudiants à l'ENSA Paris-Malaquais

5, 6. Augmentation de la signalétique du métro parisien, 7 juillet
2018, en collaboration avec Paul Laminie et Angelo de Taisne,
étudiants à l'ENSA Paris-Malaquais

En Méditerranée (situation 11) :

UN NAVIRE POUR L'AVENIR (un chapitre de la procédure UNESCO)


Abriter et épauler les gestes des marins sauveteurs en mer Méditerranée.
Concevoir un bateau telle une extension d'équipements publics culturels et le mettre à disposition des organisation sauvant des vies en mer Méditerranée.

Calendrier : 2019-2022
Budget : en cours
Partenaires : Centre Pompidou-Metz.
En collaboration avec : Marc Van Peteghem (VPLP), Marc Ferrand, Calypso 3621, Caroline Lacroix, Maëlle Berthoumieu.


En début d'année 2020, le Centre Pompidou-Metz invite Sébastien Thiéry, coordinateur des actions du PEROU, à proposer un « commandement » pour la célébration des 10 ans du musée et à concevoir une pièce interrogeant l'avenir de l'institution muséale. Considérant que le centre a été construit par l'architecte Shigeru Ban, mondialement connu pour ses architectures d'urgence, considérant que l'acte d'hospitalité sera demain inscrit au patrimoine mondial puisque le PEROU s'y attèle et nécessitera alors d'être abrité par des institutions culturelles, Sébastien Thiéry propose de concevoir une extension du Centre Pompidou-Metz qui soit un navire portant pavillon de l'UNESCO, et de le mettre à disposition des organisations sauvant des vies en Mer Méditerranée. Il propose en outre un simple mot comme commandement corrélé à cette proposition : « Œuvre », à entendre comme impératif d'action, interrogeant donc la relation de la création au réel et de l'artiste au monde.

Au printemps 2020, le Paper Tube Studio de Shigeru Ban, originellement installé au sommet du Centre Pompidou-Paris pour y concevoir son extension messine, est installé tout contre le Centre Pompidou-Metz et accueille des dizaines d'exemplaires de l'ouvrage du PEROU « Des Actes. À Calais et tout autour », registre des actes d'hospitalité et promesse de leur augmentation. L'idée d'une extension à venir se matérialise alors. À l'été, un travail de définition s'engage en collaboration avec l'architecte naval Marc Van Peteghem et le designer Marc Ferrand, ce en relation avec des organisations oeuvrant en Méditerranée. Ainsi s'agit-il d'imaginer un navire à venir : aux caractéristiques techniques adaptées à la pratique de sauvetage de masse, faisant de lui le premier outil dédié à ces actions développées depuis 2015 ; aux lignes, couleurs, récits, images et relations avec divers musées en France l'instituant, aux yeux de tous, comme un haut-lieu culturel du 21e siècle. Rassembler les arguments, les plans, les maquettes, les éléments financiers et juridiques, le calendrier de construction, le pavillon de l'UNESCO à hisser sur son mât : tels sont les enjeux de cette création à présenter en 2021 dans le réseau des institutions culturelles et artistiques partenaires ainsi qu'au devant de l'UNESCO dans la perspective de la « mettre en œuvre » en 2022, comme l'une des actions du plan de sauvegarde de l'acte d’hospitalité. Ainsi, « l’œuvre » proposée au Centre Pompidou-Metz accomplira-t-elle son devenir de « really made ».


Liens :

→ Archives de l'action


Légendes des images ci-contre :

1. Navire Avenir, esquisse, mars 2021

2. Navire Avenir, sketch, avril 2021

3. Navire Avenir, plan, avril 2021

4. Navire Avenir, maquette de principe, avril 2021

5. Etude pour un pavillon de l'UNESCO, Maëlle Berthoumieu,
octobre 2020